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La contribution #2394

CSA  Compte vérifié
#2394, le 19/12/2014 - 15:22

Allier innovation, liberté individuelle et diversité culturelle

Délinéarisation et « Big Data » participent d’un même mouvement : le passage d’une logique d’offre centrée sur les choix de programmation de l’éditeur en charge de l’éditorialisation à une logique de demande fondée sur les préférences du téléspectateur ou de l’auditeur. Cette transformation renouvelle profondément le rôle de l’éditeur de services audiovisuels ainsi que les modalités de la prescription.

S’il offre aux acteurs de l’audiovisuel des perspectives de développement économique particulièrement intéressantes, le « Big Data », et plus largement la recommandation personnalisée qu’il facilite, oblige aussi les autorités publiques de régulation à s’interroger sur leurs missions et leurs moyens d’intervention.

L’enjeu le plus évident réside dans les menaces qui pèsent sur la vie privée. Alors que la diffusion hertzienne (analogique ou numérique) repose sur un principe d’anonymat total[1], les services audiovisuels distribués par Internet recueillent auprès de leurs utilisateurs de nombreuses données personnelles, et les téléviseurs connectés eux-mêmes sont désormais capables de collecter directement ces données. Dans ce contexte, les principes d’anonymisation des données et d’information préalable du consommateur sont susceptibles d’être remis en cause. Si la protection des données personnelles relève principalement de la CNIL, le CSA est chargé par la loi de veiller au respect du secret des choix des téléspectateurs et des auditeurs. L’une des recommandations de la commission de suivi des usages de la télévision connectée créée en 2012 par le CSA concernait d’ailleurs l’élaboration de recommandations générales et de bonnes pratiques permettant d’assurer un contrôle de l’internaute sur l’utilisation des données le concernant. Il s’agit en outre d’un enjeu majeur de l’éducation aux médias.

Mais pour les régulateurs, les défis du « Big Data », et plus largement de la personnalisation des recommandations et de l’opacité qui entoure le fonctionnement de ces mécanismes de recommandations, concernent aussi l’adaptation des dispositifs destinés au développement de la production audiovisuelle française et européenne, à la diversité des programmes et au caractère pluraliste de l’expression des courants de pensée et d’opinion : la personnalisation de l’offre peut avoir pour effet pervers, si elle est poussée à l’excès,  d’enfermer le téléspectateur dans ses propres goûts, au détriment de la curiosité et de la découverte.

Dans son étude « Le numérique et les droits fondamentaux », le Conseil d’Etat, tout en reconnaissant l’utilité des algorithmes qui sous-tendent les dispositifs de recommandation personnalisée, identifie ainsi trois risques à leur usage : une personnalisation excessive et non voulue des données fournies à l’internaute, la confiance abusive dans leur résultat et les problèmes d’équité engendrés par l’exploitation des données personnelles.

En outre, et comme le Conseil l’a souligné auprès de la Commission européenne dans sa réponse au dernier livre vert sur la convergence[2], la personnalisation des contenus et des recommandations est susceptible de mettre en échec l’obligation d’exposition qui constitue l’un des piliers de la réglementation, applicable tant aux services linéaires qu’aux services non linéaires. Dans son récent rapport sur la régulation des SMAD[3], le CSA a ainsi recommandé que lorsque la page d’accueil est personnalisée, l’éditeur intègre dans l’algorithme du moteur de recommandation les critères d’origine et de langue d’expression des œuvres.

Les dispositifs de recommandation personnalisée, qui s’appuient en particulier sur le « Big Data », témoignent de l’innovation qui irrigue l’audiovisuel et contribuent à son développement. Toutefois de nombreux enjeux résident dans le développement de tels mécanismes et imposent une attention particulière pour que d’une part les moteurs de recommandations opèrent de manière transparente et que d’autre part ils ne soient pas les seuls moyens laissés à l’utilisateur pour accéder à des contenus audiovisuels.

 

[1] Article 3 de la loi du 30 septembre 1986 : « Le secret des choix faits par les personnes parmi les services de communications électroniques et parmi les programmes offerts par ceux-ci ne peut être levé sans leur accord »

[2] « Se préparer à un monde audiovisuel totalement convergent : croissance, création et valeurs », avril 2013

[3] Rapport au Gouvernement sur l’application du décret n° 2010-1379 du 12 novembre 2010 relatif aux services de médias audiovisuels à la demande (SMAD), 23 décembre 2013

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