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La contribution #610

Emmanuel Gaudin
#610, le 17/10/2014 - 18:06

Le logiciel libre gratuit: création ou destruction de valeur

Les logiciels ont cette particularité que leur distribution ne coûte rien. Partant d'un principe généreux de partage il existe aujourd'hui de nombreux logiciels libres et gratuits, les plus connus étant Linux, Android, ou Open Office. Initialement ces logiciels étaient développés par des hackers qui travaillaient dans des grandes sociétés pour des besoins internes ou de recherche. Certains de ces développements ont aussi eu parfois pour objectif de stopper l'hégémonie d'un éditeur commercial comme par exemple Open Office contre Microsoft Office, ou Eclipse contre Microsoft Visual Studio. Plus récemment de nouveaux business model sont apparus pour pouvoir financer la maintenance évolutive de ces logiciels comme par exemple Red Hat ou Ada Core. L'idée est de ne payer que les évolutions du logiciel et pas une "rente" à un éditeur. Or un éditeur a pour vocation d'investir par avance dans de nouvelles fonctionnalités. S'il échoue il perd son investissement, s'il réussit il gagnera plus que son investissement ce qui correspond à une rémunération du risque engagé. Lorsque le pari est réussi le différentiel entre ce que le logiciel a coûté à développer et ce qu'il rapporte à la vente est une création de valeur. Les logiciels libres et gratuits, eux, ne créent pas de valeur. Ces dernières années de plus en plus de financements publics ont été consacrés à des projets collaboratifs et des laboratoires de recherche pour financer des logiciels libres et gratuits qui ont de plus en tendance à concurrencer des éditeurs commerciaux. Finalement, ces fonds publics ne détruisent ils pas de la valeur ?

 

3 arguments pour ∨

MokDer
#1809, le 03/12/2014 - 09:21

Google à, depuis très longtemps, customisé sa propre version de Linux sans en partager le bénéfice avec le monde se réfugiant derrière un principe simple : ils n’exploitent pas commercialement Linux. Ils n’exploitent d’ailleurs commercialement aucuns logiciels (intéressant de constater le biais contractuel !). Amazon a fait de même avec sa propre version d’OpenStack. Et cela se vérifie avec de nombreux géants du numérique. Par ailleurs, la plupart des modèles open sources qui fonctionnent passent par un mix gratuit – payant donc une commercialisation de spécificités qui ne sont jamais déversées dans l’open source gratuit. Wikipédia est au bord du gouffre et fait des appels de fonds de donateurs et de contributeurs de plus en plus urgents preuve de l’utopie d’un modèle complètement gratuit. Wikipédia est assez emblématique d’ailleurs. Les encyclopédies payantes ont été « flinguées » comme l’indique ldubost, mais son modèle n’est pas pérenne ! Belle réussite non ?

Les SSII se sont effectivement emparées du logiciel libre mais à quel cout ? Deux effets dévastateurs : elles sélectionnent un panel extrêmement réduit de technologies à supporter (logique, elles ne peuvent pas offrir du service sur la totalité de l’open source), leurs couts sont finalement des couts cachés que les clients n’ont souvent pas intégrés à leurs mises en œuvres initiales. Résultat : des clients qui se retrouvent à dépenser autant qu’avant sans pour autant avoir une meilleure maitrise de leurs logicielle.

Car l’arnaque intellectuelle est là ! Faire croire à tous les individus qu’ils pourront demain maitriser leurs logiciels et les modifier comme ils le souhaitent. Mais c’est méconnaitre le fonctionnement d’une forge et les règles de reversions des « dérivés » logiciels. C’est, encore une fois, méconnaitre un métier : celui du développement logiciel. C’est continuer à diffuser une culture de la « bricole » et du geek capable d’agir seul au fond de son jardin les soirs de pleine lune.

Quand va-t-on avoir un véritable échange constructif autour de l’open source qui fasse un bilan véritable des plus et des moins et qui mette fin à la « mystique » entretenue de la liberté/gratuité/pérennité/contrôle … 

Emmanuel Gaudin
#1700, le 28/11/2014 - 15:41

Il me semble que mes contradicteurs n'ont pas bien lu ce que j'avais écrit. Je ne dis pas que l'on ne peut pas faire de business avec du libre et je ne dis pas que cela n'a pas une certaine valeur. Je dis que de plus en plus d'argent public finance des développements de logiciels libres et gratuits qui à terme peuvent faire concurrence à des éditeurs commerciaux. Est-ce une bonne utilisation de l'argent public ? Est-il souhaitable de mettre en danger de la sorte les quelques petits éditeurs de logiciel nationaux ?

Eric Brunel
#1694, le 28/11/2014 - 14:51

Comme l'un des intervenants de l'autre colonne, je travaille moi aussi dans une PME, éditeur de logiciels, et j'utilise également beaucoup de briques logicielles gratuites et open-source, sans lesquelles les produits que je développe ne seraient sans doute pas ce qu'ils sont aujourd'hui.

Et pourtant, mon avis est beaucoup plus mitigé: de plus en plus, les produits que nous développons se retrouvent en concurrence avec d'autres produits, sur le papier plus ou moins équivalents, libres, gratuits et open-source. Ces produits sont en général développés soit par des grosses sociétés dont ça n'est pas le coeur de métier, et qui rémunèrent donc les développeurs grâce à d'autres activités, soit financés par des fonds publics.

Et quelque chose me gêne là-dedans… L'activité de développement logiciel est une activité de R&D. Et dans la plupart des domaines, la R&D est financée par les produits qui en sont issus, via un prix de vente plus élevé, au moins en début de commercialisation. Pourquoi cela serait-il un problème dans le domaine du développement logiciel? Pourquoi est-ce que la société qui édite un logiciel devrait forcément avoir une autre activité - de support, de service, ou de quoi que ce soit d'autre - pour pouvoir rémunénerer les personnes qui développent ce logiciel? En d'autres termes, pourquoi moi, architecte et développeur logiciel, je ne pourrais pas gagner ma vie grâce à ma propre activité, mais dépendre pour cela de l'activité de quelqu'un d'autre?

Donc pour moi, oui, quelque part, il y a destruction de valeur avec le logiciel libre, destruction de la valeur du travail de ceux qui le conçoivent et l'écrivent.

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11 arguments contre ∨

jplorre
#2371, le 19/12/2014 - 13:50

Il est juste à plus d'un titre de diffuser sous forme de logiciel libre les résultats d'un projet collaboratif : (1) Financé par des fonds publics il est légitime qu'ils puissent être utilisés librement par tous (2) ce mode de diffusion favorise les échanges de connaissances entre les organismes de recherche et les entreprises ; ces dernières valorisent l'innovation, les premiers peuvent continuer à l'utiliser/l'améliorer librement après la fin du projet.

sfermigier
#2221, le 16/12/2014 - 17:52

@MokDer: vos arguments factuels sont pour la plupart erronnés.

"Google à, depuis très longtemps, customisé sa propre version de Linux sans en partager le bénéfice" -> FAUX, Google (quoi qu'on en pense par ailleurs) est l'un des 10 principaux contributeurs au noyau Linux. Cf. http://arstechnica.com/information-technology/2013/09/google-and-samsung...

"Amazon a fait de même avec sa propre version d’OpenStack." -> Je ne sais pas d'où vous sortez ça, Amazon n'a aucune raison d'utiliser OpenStack, ils ont leur propre système qui prédate largement le lancement d'OpenStack.

"Par ailleurs, la plupart des modèles open sources qui fonctionnent passent par un mix gratuit – payant donc une commercialisation de spécificités qui ne sont jamais déversées dans l’open source gratuit." -> Ce n'est qu'un cas particulier (que l'on appelle l'Open Core), c'est loin d'être le seul modèle d'affaire du logiciel libre. Cf. le lien que j'ai déjà fourni sur les business models du libre: http://www.systematic-paris-region.org/fr/node/22805

"Car l’arnaque intellectuelle est là ! Faire croire à tous les individus qu’ils pourront demain maitriser leurs logiciels et les modifier comme ils le souhaitent." -> Vous pratiquez le syllogisme de l'homme de paille (http://fr.wikipedia.org/wiki/Paralogisme), il n'y a personne pour tenir un discours aussi caricatural.

Cf. par exemple la présentation que j'ai faite se matin sur les politiques publiques du logiciel libre (http://fermigier.com/static/blobs/15-ans-politique-logiciel-libre.pdf), où les difficultés ("enjeux") sont clairement indiquées (slides 34 et suivants).

Roberto Di Cosmo
#1917, le 07/12/2014 - 11:24

Il me semble que la question posee par Emmanuel porte plus generalement sur l'utilisation des financements publiques, et cela depasse largement le rapport entre logiciel libre et proprietarie.

Elle peut se resumer ainsi: "est-il juste qu'on utilise de l'argent public pour soutenir le developpement d'activites qui peuvent se retrouver en concurrence avec de l'activite privee?"

Personnellement, je considere que l'argent public doit avoir pour finalite d'engendrer de la valeur pour la societe dans son ensemble, ce qui peut conduire evidemment dans certains cas a detruire de la valeur pour des societes privees.

A titre d'exemple, en Argentine la gestion des noms de domaines en .ar est faite par une entite publique, totalement gratuitement. Cela engendre une grande valeur pour la societe civile, qui peut ainsi utiliser les noms de domaines librement, mais ell'est evidemment mal vue par des societes privees qui adoreraient pouvoir la aussi continuer a facturer des dizaines d'euros par an pour une simple ligne dans une base de donnees.

C'est un exemple qui devrait etre suivi ici en France aussi.

ldubost
#1224, le 18/11/2014 - 16:50

Le logiciel libre est créateur de valeur, car de nombreux produits et services sont construits sur ces logiciels libres et quand il est utilisé par un utilisateur final celui-ci crée de la valeur avec ce logiciel libre. Il n'y aurait pas de Google ou de Facebook sans logiciel libre, sans Linux en particulier. Il est de plus important de mesurer que la valeur dans le monde numérique ne peux plus être mesuré uniquement en terme d'argent. Wikipedia est gratuit, ne représente financièrement qu'un montant faible, oui les encyclopédies payantes ont été tués par Wikipedia et donc financièrement il y a eu de la destruction de valeur "financière", mais pour autant la valeur de Wikipedia pour l'humanité est beaucoup plus importante que la valeur financière des encyclopédie payantes. Il s'agit de même pour le logiciel libre (qui au passage n'est pas gratuit puisque quelqu'un a payé ou offert son temps pour le développer, c'est juste qu'il est gratuit "une fois que le premier à payé").

sfermigier
#1577, le 26/11/2014 - 16:34

" Les logiciels libres et gratuits, eux, ne créent pas de valeur."

Pas d'accord bien sûr. Il suffit de regarder la valorisation, par exemple, de Red Hat ou de l'écosystème big data Hadoop, qui se calculent en milliards de dollars (malheureusement il s'agit principalement de sociétés américaines, mais il y a quelques exemples de success stories françaises) pour ce rendre compte à quelle point cette idée est dépassée.

Une lecture pour vous éclairer un peu sur les business models du logiciel libre:

http://www.systematic-paris-region.org/fr/node/22805

Et en termes d'emplois:

http://cnll.fr/static/pdf/enquete-ploss-2011.pdf

ldubost
#1225, le 18/11/2014 - 16:59

Le logiciel libre est créateur de valeur, car de nombreux produits et services sont construits sur ces logiciels libres et quand il est utilisé par un utilisateur final celui-ci crée de la valeur avec ce logiciel libre. Il n'y aurait pas de Google ou de Facebook sans logiciel libre, sans Linux en particulier. Il est de plus important de mesurer que la valeur dans le monde numérique ne peux plus être mesuré uniquement en terme d'argent. Wikipedia est gratuit, ne représente financièrement qu'un montant faible, oui les encyclopédies payantes ont été tués par Wikipedia et donc financièrement il y a eu de la destruction de valeur "financière", mais pour autant la valeur de Wikipedia pour l'humanité est beaucoup plus importante que la valeur financière des encyclopédie payantes. Il s'agit de même pour le logiciel libre (qui au passage n'est pas gratuit puisque quelqu'un a payé ou offert son temps pour le développer, c'est juste qu'il est gratuit "une fois que le premier à payé").

Franck Routier
#1627, le 27/11/2014 - 18:58

Le logiciel libre permet également la construction d'offres logicielles plus complexes, parfois propriétaires, en mutualisant le développement de certains composants d'infrastructure par exemple. Cela permet à des PME d'accéder à des marchés et des technologies qui leur auraient été interdites autrement, et de conserver la valeur ajoutée produite, plutôt que d'en céder une partie importante à des multi-nationales en position de force. Je suis moi-même créateur et dirigeant d'une PME informatique d'une vingtaine de personnes, dont je peux témoigner qu'elle n'existerais pas sans le logiciel libre.


#1579, le 26/11/2014 - 17:00

Le but des licences libres n'a jamais été de faire de la gratuité. Elles ont bien au contraire été pensées pour faciliter la création de nouveaux produits et le développement d'affaires, en enlevant toute contrainte monopolistique. C'est une autre façon de travailler entre entreprises, collaborativement, contrairement à l'ancien modèle qui consiste à considérer systématiquement les autres entreprises comme des concurrents.

Facebook_Alain Carriere
#1434, le 24/11/2014 - 14:11

Le logiciel libre crée également de la valeur en offrant la possibilité à des sociétés de services de proposer leur savoir faire de maintenance ou de développement sur des logiciels libres. Nombres sont les personnes ou les entreprises qui souhaitent utiliser des logiciels libres pour des raisons évidentes de coûts financiers d'acquisition, mais ce n'est pas pour autant qu'elles ont en interne les compétences requises pour maintenir leurs solutions, pour se tenir informées des évolutions ou pour les interfacer avec leurs autres solutions.

Gregoire Simonnet
#1664, le 28/11/2014 - 09:48

Si on distingue la valeur économique et la valeur d'usage la question devient moins ambigüe.

La valeur économique d'un logiciel est le prix ou on arrive à la vendre. La valeur d'usage est la valeur que lui donne l'utilisateur.

Quand dans ton entreprise du crée un logiciel, tu crées de la valeur économique. L'utilisateur qui l'a acheté lui trouve une valeur d'usage.

L'entreprise a investi pour créer de la valeur économique (c'est son but unique) et a généré de manière indirecte de la valeur d'usage.

Evidement il faut qu'elle génère de la valeur d'usage sinon elle ne vend pas (quoiqu'une position dominante, ou un bon marketing ...)

Quand des développeurs crée un logiciel libre, il crée de la valeur d'usage.

Il l'a fait pour y générer une valeur  d'usage pour lui-même, ou il a  été payé par une entreprise qui, elle, en retire une valeur d'usage, soit il a été subventionné par la collectivité qui estime que ceci générera de la valeur d'usage dans la société.

Donc ceci réponds à ta question : si les logiciels libres éradiquent les logiciels propriétaire, on aura détruit de la valeur économique.

Mais une autre question se pose : aura-t-on néanmoins créé plus de valeur d'usage dans la société ?

Le succès écrasant du logiciel libre dans certains domaines (navigateurs, OS embarqués, serveurs Web) prouve selon moi qu'ils ont démontré plus de valeur d'usage.

Ça ne prouve pas que ce soit applicable à tous les domaines de l'informatique.

Néanmoins le nombre de domaines dans lequel le libre gagne du terrain tend lui aussi a prouver l'efficacité du modéle.

Un financement par les pouvoir public devrait donc, selon moi, accélérer cette production de valeur d’usage.

Ed Daniel
#1644, le 27/11/2014 - 21:27

"L'idée est de ne payer que les évolutions du logiciel et pas une "rente" à un éditeur."

This point of view is disingenuous in that it proposes a fact without substantiation. More so, it implies the sole raison d'etre of open source adoption is because of this.

Sure, vendor lock-in is what is being discussed in part here but that's only a minor part of the whole story. Open source as an approach is immensely more efficient and productive, it supports innovation rather than hinders it, it promotes standards rather than competes against them. Open source as a strategy, not just a product choice tick-box, is what the author really ought to learn more about rather than pitch arguments to support antiquated business practices promoted by several monopolistic companies who have often been found foul of anti-competition laws.

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